L'AS Nancy Lorraine en préparation. Crédit photo : ASNL

AS Nancy Lorraine. Comment la data révolutionne le recrutement selon Michaël Chrétien

Invité au micro d’ICI Lorraine, le directeur sportif de l’AS Nancy Lorraine, Michaël Chrétien a levé le voile sur les coulisses de la cellule de recrutement et l’utilisation de la data. Entre l’utilisation d’un nouveau logiciel en interne, le partenariat stratégique avec l’AZ Alkmaar et la gestion du mercato, il explique sans langue de bois comment les statistiques guident les décisions du club de Ligue 2.

Dans le football moderne, la frontière entre l’œil du recruteur et les algorithmes est devenue de plus en plus mince. À l’AS Nancy Lorraine, ce virage technologique est désormais une réalité concrète. Mais qu’implique réellement cette transition ? Pour Michaël Chrétien, la réponse est claire : « Pour moi la data c’est une aide à la prise de décision ». Loin d’être un gadget, elle redéfinit entièrement la manière dont le club lorrain construit son effectif.

Derrière le mot « data » se cache une quantité phénoménale d’informations chiffrées récoltées lors de chaque rencontre. Michaël Chrétien détaille les différents types de données compilées par le club :

  • La donnée physique : L’analyse précise des courses et des efforts fournis par les joueurs sur le terrain.
  • La donnée technique : Les passes, les dribbles, mais aussi des statistiques chirurgicales. « Cela peut être, par exemple, l’analyse des tirs au but et l’on se rend compte que l’attaquant sur la saison, il a tiré 5 fois, dont 3 fois à droite, c’est une data », illustre le directeur sportif.

Le partenariat avec l’AZ Alkmaar pour « gagner du temps »

Pour déployer efficacement cette stratégie, l’ASNL s’appuie sur l’expertise du club néerlandais de l’AZ Alkmaar, pionnier en la matière. « Ils ont ce modèle-là depuis plusieurs saisons maintenant. Être en partenariat avec eux, c’est surtout pour gagner du temps et nous expliquer aussi comment ça fonctionne », confie Michaël Chrétien. Aujourd’hui, Nancy possède son propre logiciel en interne, et c’est de là que démarre chaque piste : « Notre recrutement part de la data. »

L’un des plus grands défis d’un directeur sportif ou d’un recruteur réside dans la subjectivité. C’est précisément là que la technologie apporte une valeur ajoutée cruciale selon l’ancien international marocain.

Le logiciel utilisé par l’ASNL permet de filtrer les joueurs selon des critères chirurgicaux :

  • Pour un profil défensif : Le club va scruter les anticipations de balles ou l’efficacité dans les duels un contre un.
  • Pour un profil créatif : L’accent sera mis sur tout ce qui se produit lorsque le joueur a le ballon.

Mais surtout, la machine élimine le biais affectif. « Surtout l’avantage de la data, c’est qu’on est détaché de la partie émotionnelle, c’est-à-dire que quand on regarde un joueur, de temps en temps, on a tous nos préférés, la data, elle n’a pas de joueur préféré en fait », explique Michaël Chrétien avec pragmatisme.

Départs de Maxence Carlier et Teddy Bouriaud : Quel rôle a joué la data ?

Le mercato de l’ASNL a récemment été marqué par les départs de figures bien connues des supporters, soulevant des interrogations sur l’influence des algorithmes. Michaël Chrétien a tenu à clarifier la situation au cas par cas.

Le cas Maxence Carlier

Pour le défenseur central, les chiffres ont effectivement parlé, mais ils n’ont pas tout fait : « Maxence effectivement, entre guillemets, quand on prend notre logiciel la data dit que ce n’est pas le joueur qu’il faut à ce moment-là. » Le directeur sportif insiste cependant sur le fait que ce choix ne s’est pas fait uniquement sur des critères informatiques et réaffirme son respect pour l’homme : « C’est un choix tout simplement qui ne s’est pas fait que par la data, il y a beaucoup d’autres éléments qui ont été pris en compte. Je comprends aussi sa frustration et c’est une bonne personne […]. C’est moi qui lui ai dit, personne d’autre et il n’y avait pas d’animosité. »

Le cas Teddy Bouriaud

Pour le milieu de terrain, la technologie n’a en revanche joué aucun rôle. « Dans le cas de Teddy, ça n’a rien à voir avec la data, honnêtement », tranche Chrétien. Le départ s’explique par une logique sportive et une discussion honnête sur son futur statut : « Les discussions avec Teddy depuis quelques temps, c’est peut-être qu’il y aura un petit peu moins de temps de jeu. Il a préféré partir […], ça n’a rien à voir avec la data. »

L’arrivée massive de très jeunes joueurs couplée au départ de cadres comme Carlier a suscité de l’inquiétude chez les supporters nancéiens. Une réaction que Michaël Chrétien comprend parfaitement : « Bien sûr, il y a de quoi être inquiet, en quelque sorte, sachant qu’on recrute jeunes. »

Pour autant, le directeur sportif se veut rassurant pour la suite du mercato. L’avenir de l’ASNL ne reposera pas uniquement sur de jeunes promesses. Le club cherche activement à équilibrer son effectif avec des profils chevronnés : « L’idée c’est pas que de recruter jeunes, aujourd’hui dans nos cibles, on a des joueurs qui ont plus de 30 ans, on aimerait se renforcer par exemple sur le côté droit, avoir quelqu’un un petit peu plus aguerri. » Une promesse claire pour rassurer le public de Marcel-Picot : « Il y aura encore des mouvements. »

A propos Frédéric SOUGEY

Originaire de Grenoble, j'ai vibré aux premiers exploits des Youri Djorkaeff, Clément Garcia et autre Jean-Philippe Séchet sous le maillot dauphinois. Journaliste depuis une vingtaine d'années, ma passion s'est désormais exportée autour des terrains de Ligue 2, Ligue 3, N1 et N2 au quatre coins de France.

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