Brice Maubleu à l'entraînement. Crédit photo : Pau FC

Brice Maubleu (Pau FC) : « Ma fin de saison à l’AS Saint-Etienne m’a redonné goût à la compétition »

Après deux saisons passées à l’AS Saint-Etienne, le gardien Brice Maubleu s’est engagé en faveur du Pau FC (Ligue 2). L’ancien rempart du GF38 est revenu sur ce choix de carrière et sur son expérience avec les Verts.

Bonjour Brice. Après avoir longtemps évolué à Grenoble, tu décides il y a deux ans de donner un nouveau virage à ta carrière. Tu rejoint alors l’ASSE, alors promue en Ligue 1. Quel regard portes-tu sur tes deux saisons à Saint-Etienne ?
« C’était une très belle expérience, dans un club mythique avec des supporters incroyables, dans des stades pleins à chaque fois. Que ce soit à domicile ou à l’extérieur et avec des ambiances incroyables. Sportivement, c’est forcément beaucoup plus mitigé. Il y a un double regret. Ne pas s’être maintenu en Ligue 1 la première année déjà. Ensuite ne pas avoir réussi à monter l’an dernier. Il a manqué les résultats mais l’expérience reste bonne. Elle aurait été incroyable si j’avais pu vivre une montée avec Saint-Etienne. Vivre ces émotions-là oui, cela aurait été encore plus spécial. »

Brice Maubleu : « La hiérarchie était claire dès le départ »

Tu es passé d’un club où tu avais un statut, une vraie reconnaissance à un club  où tu es devenu un « numéro 2 », avec peu de temps de jeu. Est-ce que cela a été une transition compliquée pour toi ?
« Non, ce n’était pas forcément dur à assumer parce que je savais où j’allais dès le départ. Je suis arrivé à 34 ans dans un club de Ligue 1 comme Saint-Étienne, alors que je venais de Grenoble en Ligue 2. Et que cela faisait des années que je jouais en Ligue 2. Donc je savais que je n’y allais pas pour être titulaire.

Bien sûr je suis content d’avoir pu jouer un tout petit peu cette année. J’avais à cœur de montrer ce que je valais à Saint-Etienne. J’aurais bien aimé faire plus de matchs. Faire des matchs en Ligue 1 où l’ambiance, la ferveur, les émotions c’est quand même autre chose. »

Est-ce que, avec de gros guillemets, le jeu était « pipé » d’avance avec une hiérarchie claire et surtout définitive, hors blessure ou suspension ?
« C’était très clair dès le départ. Avoir de la concurrence entre les gardiens ce n’est pas toujours bon. Là le gardien n°1 joue et le rôle du n°2 c’est d’essayer de le mettre dans les meilleures conditions pour qu’il soit performant. C’était clair que ce serait comme ça quand je suis arrivé. Moi je me tenais prêt pour jouer. On ne sait jamais ce qu’il peut arriver en cas de blessure ou de carton. »

Tu as pu faire quelques apparitions en coupe de France, est-ce que tu t’estimais « prêt » justement ou est-ce que c’est compliqué, peut être davantage à ton âge, d’être performant tout de suite après un long moment sans jouer ?
« L’année en Ligue 1 où je joue en Coupe contre Marseille ça faisait un moment que je n’avais pas joué et c’était un contexte particulier puisqu’on venait de changer d’entraîneur à l’époque. L’OM était aussi très au-dessus de nous. Le tout réunit, je m’attendais donc à un match difficile.

Après plus globalement pendant les deux saisons j’ai pu me tenir prêt en allant jouer de temps en temps avec la réserve par exemple. Tu évoques l’âge mais je pense que c’est peut être plus simple quand on a l’expérience des matchs de se remettre en route. On connait mieux notre corps, on sait comment aborder ces rendez-vous. Après il y a des choses comme la gestion de la profondeur qui sont forcément plus compliqués à appréhender et où il y a besoin de jouer même si on les voit un peu à l’entraînement. C’est pour ça je pense d’ailleurs qu’il y a beaucoup de clubs maintenant qui prennent des gardiens plus expérimentés pour faire 2e ou 3e. Parce qu’ils savent qu’ils peuvent être prêts tout de suite, plus facilement, en cas d’urgence. »

Comme chez lui au Stade des Alpes de Grenoble

Tu l’as d’ailleurs démontré en jouant plusieurs matchs lors de la fin de saison, avec notamment deux moments qui ont dû être forts en émotions. Commençons par le match à Grenoble, comment t’es-tu préparé pour ce rendez-vous ?
« Cela faisait un peu plus d’un an et demi que j’étais arrivé à Saint-Étienne et je n’avais pas encore fait un match de championnat. Gautier (Larsonneur) ne s’était jamais blessé.

Et là arrive le match à Grenoble et il se blesse le week-end d’avant. C’était un sacré signe du destin. S’il y avait un match en Ligue 2 que j’aurais aimé faire, c’est vraiment ce match au stade des Alpes que j’aurais choisi. En terme de préparation en plus c’était l’idéal. Je connaissais parfaitement le stade, j’y avais déjà tous mes repères, je savais qu’il y allait avoir beaucoup de monde pour me soutenir aussi. On était sur cinq victoires, donc il fallait être performant. Je ne pouvais pas rêver mieux comme premier match et ça a été aussi des émotions incroyables de revenir dans le stade et de pouvoir jouer plutôt que d’être sur le banc. »

Tu n’avais pas la crainte d’être submergé par les émotions et par conséquent de risquer de commettre des petites erreurs ?
« Non le fait de jouer au stade des Alpes, dans un endroit que je connais vraiment par cœur, c’était beaucoup plus simple en fait. J’avais mes repères, je connaissais le moindre centimètre carré du stade. J’avais l’impression d’être dans mon jardin, d’être chez moi. Ce n’était que bénéfique pour un premier match. Je n’avais pas beaucoup d’appréhensions avant ce match. »

Ca va, tu as réussi à ne pas te tromper de vestiaires ?
« (sourire) Non ça va même si je t’avoue que ça faisait bizarre, je ne connaissais pas trop ce vestiaire visiteurs. C’était même la première fois que je jouais contre Grenoble dans ma carrière (à part une petite parenthèse de deux saisons à Tours, il a toujours évolué au GF38, ndlr). »

Pau FC : un projet séduisant pour Brice Maubleu

Après un intérim globalement réussi tu retrouves le banc… Jusqu’à la séance des tirs au but contre Rodez… On t’a rarement vu aussi expressif toi qui dégage plutôt au contraire une sérénité à toute épreuve.
« Des séries de tirs au but avec 10000 personnes derrière toi, tu n’en vis pas beaucoup dans ta carrière ! Le stade qui vibrait, qui avait un peu peur. Cela faisait partie un peu du show aussi. Mettre la pression un peu sur l’adversaire qui venait de voir rentrer un gardien juste pour la série de tirs au but.

Quand tu pars du milieu de terrain avec devant toi 10 à 15000 personnes qui sont comme des fous et qui sont chauffés à blanc par le gardien, ça devient encore plus impressionnant et encore plus stressant. Il y a un aspect psychologique dans cet exercice, tout ça, cela impacte un tireur. Sur ma carrière je suis à peu près à 40% de pénaltys arrêtés, sur cette séance j’ai été dans ces standards-là. La seule différence pour moi ça a été de devoir tirer.

Je n’ai pas voulu prendre trop de risques et du coup j’ai un peu raté mon ouverture du pied. C’était une séance de tirs au but riche en émotions et je suis content qu’on soit passé. Cela restera un moment spécial dans ma carrière même si on ne gagne rien au bout. Je pense que j’ai reçu plus de 1000 messages dans la soirée, donc ça a aussi marqué les gens. »

Ta carrière parle déjà pour toi mais est-ce que tu penses que cette séance, et les quelques matchs que tu as disputé en fin de saison, t’ont permis de retrouver plus facilement un projet comme celui de Pau où tu t’es engagé ?
« Forcément, le fait d’avoir rejoué m’a aidé. Quand on reste deux ans sans jouer et qu’on arrive à 36 ans, les clubs se demandent si on est encore performant, si on est encore capable d’enchaîner les matchs. Là j’ai pu un peu jouer, j’ai fait trois clean sheet sur quatre matchs. J’ai fait quelques arrêts décisifs comme à Grenoble. Donc plutôt des bonnes prestations. Ca a aidé à faire sonner le téléphone pendant la trêve. »

Pourquoi ton choix s’est porté sur Pau finalement ?
« Le projet m’a séduit immédiatement. C’est un club qui évolue très bien depuis désormais quelques saisons en Ligue 2, avec un groupe de joueurs de qualité, et notamment certains que je connais très bien (il a notamment joué avec Estéban Salles et Gaëtan Paquiez à Grenoble). Je ne connaissais pas la région mais c’est un point qui me donnait aussi envie. A titre personnel ce qu’ils m’ont proposé, un an + un an en cas de maintien, collait à ce que je souhaitais. On peut se projeter sur deux ans avec la famille. Et le fait aussi de possiblement pouvoir jouer à forcément peser.

Le fait d’avoir refait des matchs, m’a donné le goût de retourner à la compétition. J’avais la possibilité de rester à l’AS Saint-Etienne mais sur un rôle de 3ème gardien, donc vraiment sur un poste où je n’aurais pas joué du tout, y compris en réserve. Si au bout d’un an le club décide de dire que pour le 3 ils prennent un jeune qui arrive de derrière, tu te retrouves à le retraite. »

Est-ce qu’à Pau on t’a « promis » du temps de jeu ou est-ce qu’on est sur un format où les performances détermineront la hiérarchie ?
« On ne m’a rien promis. J’arrive dans un club où Estéban (Sallès) a fait des bons matchs la saison dernière. Il faudra que je sois performant pour jouer. On a longtemps fonctionné ensemble à Grenoble, on sait tirer le meilleur l’un de l’autre. Notre objectif mais c’est l’objectif de tout le groupe, c’est d’aider l’équipe à faire mieux que l’an dernier. »

Les Palois veulent jouer la première partie du classement

Tu n’as pas joué avec ton nouvel entraîneur Thierry Debès mais tu étais déjà Grenoble, en jeunes) quand il y a évolué au début des années 2000. Est-ce que tu as des souvenirs de lui ?
« Je me rappelle l’avoir vu jouer à plusieurs reprises au stade Lesdiguières oui (le stade où le GF38 évoluait à l’époque), c’était un super gardien et il connectait très bien avec les supporters grenoblois de ce que je me souviens. »

Tu as également eu comme entraîneur Phillipe Montanier et Jean-Louis Garcia. Est-ce que quand l’entraîneur principal a lui-même été gardien cela modifie un peu les relations que tu peux avoir avec lui ?
« Oui des expériences que j’ai connu ils sont à la fois plus exigeants envers le poste mais aussi plus tolérants. Ils ont conscience qu’on ne peut pas tout arrêter non plus. Un entraîneur qui n’a pas connu le poste peut parfois se tourner vers le gardien sur la responsabilité de choses qu’on ne maitrise pas forcément. Pour moi c’est plutôt un plus d’avoir un entraîneur principal qui a lui-même été dans les cages. »

Comment se passe le début de reprise avec le Pau FC ?
« Je suis arrivé juste après la canicule, il y a une semaine. On a eu de la chaleur depuis mais  c’était supportable. La semaine prochaine, on commence notre premier match amical le samedi. Pour l’instant, cela se passe bien. L’équipe est en train de se construire. Il y a des joueurs qui vont peut-être partir, d’autres qui vont arriver comme dans tous les clubs à cette période-là. »

Petite question personnelle : c’est la première fois que ta famille doit déménager pour te suivre ou c’était déjà le cas à Saint-Etienne ?
« Non on avait déjà tous bougé à Saint-Etienne mais cela a bien sûr été une décision familiale au moment du choix. Globalement on n’agit plus pareil à 36 ans qu’à 20. »

Comme tu fais aussi de la politique (il est adjoint aux sports dans une petite ville iséroise), je me permets une question piège : quel est le premier match que tu as noté lors de la sortie du calendrier, celui à Grenoble ou celui à Saint-Etienne ?
« (sourire) Pour le coup le hasard du calendrier fait que notre dernier match de la saison est à Saint-Etienne donc c’est celui que j’ai vu en premier. Mais j’ai bien sûr noter les deux. Je me suis déjà fait brancher un peu par les collègues de Sainté vu qu’on sait que ce dernier match pourrait être à enjeux, que ce soit une montée directe en Ligue 1 ou des barrages. Pour eux bien sûr mais j’espère aussi pour nous ! »

Justement, quel est l’objectif fixé à Pau ?
« Il est extrêmement simple : faire mieux que la saison dernière (Pau avait fini 9ème avec 45 points). »

A propos Frédéric SOUGEY

Originaire de Grenoble, j'ai vibré aux premiers exploits des Youri Djorkaeff, Clément Garcia et autre Jean-Philippe Séchet sous le maillot dauphinois. Journaliste depuis une vingtaine d'années, ma passion s'est désormais exportée autour des terrains de Ligue 2, Ligue 3, N1 et N2 au quatre coins de France.

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