L'entraîneur de l'AS Nancy Lorraine Oswald Tanchot en conférence de presse

Oswald Tanchot  (AS Nancy Lorraine) : « Aller à Nantes avec nos valeurs »

À quelques heures d’un déplacement prestigieux sur la pelouse de Nantes pour le compte de la 5ème journée de Ligue 2, l’entraîneur de l’AS Nancy Lorraine Oswald Tanchot a livré une analyse lucide sur son équipe, l’adversaire nantais, la gestion de la semaine et le bilan du mercato estival.

Compte tenu de votre bon début de championnat et du prestige de l’adversaire, on a le sentiment que c’est un match idéal à jouer pour s’évaluer et prendre du plaisir ?
C’est pour nous une affiche qui a du sens. Aller se déplacer à Nantes, à la Beaujoire, c’est un moment intéressant pour tout joueur. Notre début de championnat nous permet d’y aller avec une pression relative. On a toujours cette volonté de bien faire, de se jauger par rapport aux meilleurs. Pour moi, sans contestation, Nantes fait partie des meilleures équipes du championnat. Ils n’ont juste pas démarré correctement, mais progressivement, ça rentrera dans l’ordre. Ça reste un match de championnat avec une vérité à l’instant T et des forces en présence à l’instant T. On ne peut pas le surjouer ou le survendre, c’est la 5e journée, il en reste beaucoup. On est juste contents de pouvoir s’y déplacer avec 7 points.

L’adversaire a dû être difficile à analyser avec les récents changements survenus sur la dernière journée, notamment l’arrivée d’un nouvel entraîneur ?
C’est un peu le thème de la semaine : comment va jouer Nantes ? Plutôt que de se perdre dans des spéculations, on préfère se concentrer sur nous. Mais on est obligés d’anticiper plusieurs options. Leur nouveau coach peut jouer à 3 ou à 4 défenseurs, mais dans les principes de jeu, il y a des choses immuables. On va donc s’attacher à lire les principes plutôt que le système. C’est aussi le propre d’une bonne équipe d’être capable de s’ajuster rapidement sur le terrain. J’ai besoin de mes relais, de joueurs qui communiquent et qui soient intelligents face à la situation proposée.

Face à une équipe nantaise talentueuse mais peut-être en manque de confiance en ce début de saison, faut-il éviter de les laisser prendre confiance en début de match ?
De toute façon, tous ces paramètres se greffent au plan de match. On sait que Nantes peut être dans le doute après les derniers résultats, mais quand on analyse les datas, c’est une équipe dominante dans tous les aspects du jeu, qui n’a jamais été dominée ni en occasions, ni en ballons touchés dans la surface. Plutôt que de se faire mal à la tête à analyser pourquoi Nantes n’a pas pris plus de points, on préfère être dans la continuité et construire notre championnat. C’est formateur pour nos jeunes joueurs de vivre ce genre de matches, d’apprendre en situation et de s’en servir pour progresser, quel que soit le résultat.

« Une belle façon de nous jauger »

Jusqu’ici, la maîtrise du jeu était plutôt de votre côté, mais vous aviez mentionné la nécessité d’apprendre à jouer différemment si besoin…
Ce match fera peut-être partie de cette catégorie. Il est possible qu’on doive montrer d’autres valeurs et jouer avec un peu moins le ballon. Si c’est le cas, ce sera un excellent test pour voir si on en est capable. Dans ce genre de rencontre, il faudra être beaucoup plus réaliste que depuis le début du championnat, car marquer seulement 3 buts, c’est vraiment trop peu. On aura sans doute moins d’occasions, il faudra saisir notre chance. Et en face, il y aura un groupe avec beaucoup de qualités individuelles, avec des joueurs qui à chaque poste font partie de ce qui se fait de mieux. C’est une belle façon de nous jauger, sans faire ni complexe ni plan sur la comète : il faut y aller avec nos valeurs.

Vous aviez évoqué l’idée d’un « doublé » ou d’un enchaînement avec le match contre Reims. Êtes-vous toujours dans cette logique malgré les problématiques de voyage et de récupération ?
On ne peut pas l’occulter. On va laisser des joueurs ici et mettre en place une organisation pour s’occuper de ceux qui vont préparer la réception de Reims. On a besoin d’avoir non pas 12 ou 13 joueurs compétitifs sur cette semaine-là, mais plutôt 15, 16 ou 17. L’heure de certains arrivera prochainement. Je vais aussi juger de la capacité de récupération de mon équipe. L’avantage des jeunes joueurs, c’est qu’ils récupèrent sans doute plus vite physiquement, mais il y a un aspect mental et de concentration important, surtout avec un match lundi et télévisé. Mon approche reste la même : on joue d’abord un match, on le bilante, et ensuite on prépare le suivant. Si on commence à penser au deuxième en jouant le premier, on a de grandes chances de louper les deux.

Après le match de vendredi, vous insister sur le curseur d’intensité. C’est une limite en dessous de laquelle il ne faut pas descendre ?
L’intensité est globale : il y a l’intensité athlétique (répéter les efforts, presser) et l’intensité mentale (concentration, volonté), car tout est lié. C’est primordial pour nous car nous avons des profils plutôt petits devant et au milieu. Si on veut faire mal à l’adversaire, ça passe par du jeu en mouvement, de la technicité, des récupérations hautes, et on ne peut pas se permettre de subir. Cette exigence d’intensité, on la travaille à l’entraînement pour qu’elle devienne une habitude.

Le mercato estival vient de s’achever, marqué dans les derniers instants par le départ de Brandon Bokangu…
Mika (Chrétien) m’avait prévenu dès le début que Brandon pouvait faire partie des joueurs susceptibles de partir. Il ne s’est rien passé pendant très longtemps, puis tout s’est accéléré au dernier moment. Le club a pris la décision de le libérer, d’autant qu’il y a un petit transfert à la clé. Tout le monde est content, je m’adapte et je suis ravi d’avoir avec moi Adrien (Dabasse), Noam (Obougou) et Pape (Meissa Ba). J’aurais aimé garder Brandon un peu plus longtemps car humainement j’aimais beaucoup le garçon, il progressait bien et jouait un rôle important dans le vestiaire. Mais il va être papa, il part avec une très belle image du club, il nous a fait un discours touchant. En tant qu’éducateur, on ne fait pas obstacle à ce genre de réussite.

L’arrivée de Pape apporte-t-elle un profil différent ?
Pape est un joueur plutôt attiré par le but. Brandon participait beaucoup dans le jeu en remises, en déviations ou par le jeu de tête. Pape est un profil de surface qui s’accorde bien avec notre collectif et nos joueurs en mouvement. La vraie question concerne son état de forme après un parcours mouvementé. Mais c’est un compétiteur, un buteur qui connaît le niveau et qui va vite s’adapter à notre vestiaire.

Pourra-t-il être dans le groupe dès ce week-end ?
Il peut être dans le groupe, oui. J’attends de valider le plan administratif avec le permis de travail international, car il restait un ou deux éléments à récupérer. J’espère que ce sera réglé aujourd’hui, mais nous sommes optimistes. Il s’est entraîné tous les jours, a fait la préparation, il a un bon niveau de forme globale. C’est un garçon sérieux, il a besoin d’enchaîner les matches, et en tant que buteur, il sait ce qu’il a à faire.

Quel bilan tirez-vous de ce mercato globalement ?
Je suis très content de travailler avec Mika. La fluidité et les échanges ont été parfaits. On était très alignés sur l’analyse de l’effectif et nos besoins. Pour un premier mercato où l’on ne se connaissait pas, c’est très positif. C’est l’un des mercatos les plus apaisants que j’aie connus, même si nous avons recruté beaucoup de joueurs. On a voulu rajeunir l’effectif, ramener de la technicité, valoriser le groupe pour le futur et faire plaisir aux supporters pour qu’ils se reconnaissent dans leur équipe.

On voit des résultats rapides et une philosophie de jeu qui s’installe malgré les nombreux changements de l’intersaison. Comment l’expliquez-vous ?
Le mérite en revient d’abord aux joueurs. S’ils n’adhèrent pas, on ne peut rien faire. Ils ont une excellente mentalité de travail et une vraie envie d’apprendre. Je les mets régulièrement en garde contre tout relâchement ou enflammade : nous avons besoin d’énormément d’humilité. Je veux une équipe de joueurs « enragés ». Nancy est un nom historique du football français, mais en Ligue 2, il y a de grosses armadas. Si on joue la fleur au fusil sans avoir faim, ce n’est pas ce que l’on veut. Je veux du jeu technique, mais avec des joueurs qui mordent et qui regardent toutes les équipes dans les yeux. Tout se construit à l’entraînement.

On le remarque notamment dans l’investissement défensif et les replis, qui semblent non négociables…
C’est l’esprit d’équipe. Quand nos défenseurs se mettent en danger en jouant haut et en accompagnant les offensives, les attaquants doivent leur faciliter le travail en pressant, en contre-pressant et en se repliant. Quand on n’a pas le ballon, on est une unité, et c’est pareil quand on l’a. Le football exige une concentration de tous les instants, il n’y a jamais d’acquis, c’est un travail quotidien.

Un mot enfin sur l’infirmerie avant d’aborder cette rencontre ?
À date, il n’y a pas de blessé supplémentaire par rapport à la semaine dernière. Le groupe sera globalement le même. Pour les joueurs qui étaient déjà à l’infirmerie, c’est encore trop court pour un retour, ce sera plutôt après le match de Reims.

A propos Frédéric SOUGEY

Originaire de Grenoble, j'ai vibré aux premiers exploits des Youri Djorkaeff, Clément Garcia et autre Jean-Philippe Séchet sous le maillot dauphinois. Journaliste depuis une vingtaine d'années, ma passion s'est désormais exportée autour des terrains de Ligue 2, Ligue 3, N1 et N2 au quatre coins de France.

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