Après trois saisons et demi à la tête de l’AJ Auxerre avec une montée en Ligue 1 puis deux maintiens obtenus, Christophe Pélissier n’a pas été conservé par l’AJA. Libre et en attente d’un nouveau challenge, le coach donne de ses nouvelles dans un entretien exclusif accordé à Antichambre Football.
-Christophe, plus de deux mois après la dernière victoire synonyme de maintien pour Auxerre sur la pelouse de Lille (2-0), avez-vous digéré la décision de l’AJA de ne pas poursuivre l’aventure avec vous sur le banc ?
CP : Digérer ? Non. Car comme vous le dîtes, c’était un départ inattendu… C’est un peu le milieu du foot qui est comme ça. On profite des moments de repos, c’est important de se ressourcer dans notre métier. Je retiens le positif de mon passage à Auxerre avec un titre de Ligue 2, puis un magnifique maintien l’an dernier en finissant 10e. Cette année, ça a été un peu plus difficile avec le départ de 18 joueurs. On a remis tout en ordre et on finit 9e de la phase retour. On avait enclenché quelque chose à nouveau, c’est pour cela que ce n’est pas digéré car je pensais qu’en gardant une stabilité de l’effectif, on aurait pu accéder à la première partie de tableau.
-Après plusieurs saisons très intenses, comment un entraîneur parvient à recharger les batteries ?
CP : On s’occupe de soi, de la famille et des amis. On se ressource dans un environnement positif. Je suis l’actualité footballistique, même si les journées sont plus tranquilles qu’en période de préparation (sourire). J’ai bien coupé pendant un mois, je n’ai même pas trop regardé la Coupe du monde, hormis les matchs de l’équipe de France. Là, je me remets sur l’actualité. On a aussi des discussions avec mon staff car on réfléchit à la suite.
-Une fois le départ acté d’Auxerre, avez-vous eu envie de repartir tout de suite pour un nouveau projet, et avez-vous eu directement des contacts pour vite replonger ?
CP : Oui, j’ai eu des propositions et des contacts avec des clubs. Dernièrement avec un club étranger. Je n’étais pas spécialement enclin à enchaîner de suite. J’ai été en contacts à un moment donné avec Nice. C’est un club qui m’aurait intéressé et où j’aurais pu replonger de suite. Sur les autres clubs de L2 ou à l’étranger, j’ai préféré attendre un petit peu le bon moment et le bon projet. Découvrir une autre culture à l’étranger, ça pourrait me tenter.
-Reprendre un projet en cours de saison, c’est aussi envisageable ? La dernière fois à Auxerre, cela avait commencé malheureusement avec une relégation…
CP : Il peut y avoir des projets à prendre en cours de saison. C’est toujours idéal de commencer dès la préparation mais je serais à l’écoute de toutes les propositions. Même si on n’a pas réussi à se maintenir la première année de mon arrivée à Auxerre (en octobre 2022, ndlr), il ne faut pas oublier que c’était la saison avec les 4 descentes. J’ai trouvé qu’en deuxième partie de saison, on avait commencé à enclencher les choses. Comme le fait d’aller vers l’étranger, ce sont des expériences à affronter qui ne me font pas peur.
-Que retenez-vous de votre passage positif à l’AJA, et avez-vous un message pour les supporters auxerrois ?
CP : Mon passage dans ce club a été quelque chose de fort sur trois niveaux. Les trois objectifs fixés ont été remplis. D’abord, c’était de remettre Auxerre en Ligue 1 et c’est le cas à mon départ. Ensuite c’était de développer les jeunes joueurs et je crois qu’il n’y en a jamais eu autant en équipe première. Des jeunes sont aujourd’hui sollicités par des clubs plus huppés et cela peut apporter une manne financière à l’AJA. Je pense à Kevin Danois, Lassine Sinayoko, Clément Akpa… Enfin, la 3e chose demandée était de recréer les valeurs du club par rapport au public et on a su créer une connexion incroyable. On parle souvent des publics comme Lens ou Saint-Etienne, mais celui d’Auxerre est aussi incroyable. On reconnaît les bons publics quand ça va bien, mais aussi quand ça va mal. Il a toujours été là à domicile comme à l’extérieur, il a toujours été derrière l’équipe. C’est un gros point positif pour le club.
Le fait d’avoir toujours des petits mots à l’entraînement etc, ça a permis aux joueurs de croire au maintien. Le public fait partie de la réussite d’un club. Je ne sais pas évaluer le taux de pourcentage, mais ça joue dans un maintien. Et on a vu qu’à l’inverse, des publics qui poussent des coups de gueule et prennent en grippe un effectif, ça ne fait pas avancer une équipe. La force de l’AJA est là : même dans les moments difficiles, les joueurs sentaient la confiance du public, et cette réussite-là est aussi importante à mes yeux.
-Si on reprend l’épisode Luzenac interdit de monter en Ligue 2 en 2014 jusqu’à aujourd’hui, quel est votre regard sur l’évolution du football français en Ligue 1, en L2 et avec la création de cette nouvelle Ligue 3 ?
CP : En terme de jeu, il y a beaucoup de choses très positives. Je trouve que le football français, les 3 premières divisions, est décrié alors que les joueurs et les coachs étrangers disent tous quand ils arrivent que c’est un championnat difficile. La qualité des infrastructures a énormément progressé. Tout cela a permis au jeu de se développer. On a quand même des jeunes joueurs exceptionnels, le travail dans les centres de formation est formidable.
Par contre, je ne dirais pas la même chose de la manière dont est traité le foot pro. Notamment avec la baisse des droits TV. C’est quelque chose de complètement aberrant. La qualité du jeu, du public est là. Et on n’arrive pas à vendre nos droits, donc quelque chose cloche… On a resserré l’élite à 18 clubs et en fait, on a perdu 4 clubs pros (L1 et L2) qui amènent beaucoup dans les territoires. Tout cela au détriment des clubs qui jouent l’Europe et qui allaient soi-disant amener plus d’argent. Sur le plan financier, le foot pro a été très mal géré…
-Sur le plan plus personnel, vous avez monté les divisions petit à petit jusqu’à la Ligue 1. Imaginiez-vous pouvoir vivre un tel parcours ?
CP : Je disais sous forme de boutade que j’étais le seul entraîneur de l’élite à avoir connu des montées de R1 jusqu’en Ligue 1 parce que c’est mon parcours. Quand j’ai commencé chez moi à 35 ans d’entraîner le club de mon village Revel en R1, je suis loin de me projeter sur une carrière d’entraîneur, et que je connaîtrais 7 saisons en L1. J’ai déjà entendu que je mériterais peut-être d’avoir des clubs plus huppés, que je suis sous-côté. Pourquoi pas, c’est peut-être la vérité. Mais je n’aurais jamais imaginé diriger 250 matchs de L1. Chaque fois que j’ai commencé une saison avec un club, j’ai tenu l’objectif de se maintenir en L1. Donc c’est vrai, j’ai toujours envie de progresser. Mais quand je repense à mon arrivée à Luzenac en CFA à l’époque en 2009, je n’ai aucun regret des 15 dernières années. J’ai fait 250 matchs de L1, trois années en Ligue 2 avec trois montées…Je ne sais pas si je peux dire que c’est un objectif, mais c’est un désir de connaître un club avec plus de moyens. On verra dans les mois qui viennent si j’ai cette opportunité. Sinon, c’est que mon plafond de verre sera arrivé. J’ai envie d’aller voir le plus haut possible.
-Si vous deviez citer spontanément LE joueur qui vous a le plus marqué dans votre parcours de coach, que ce soit techniquement ou par sa progression, à qui pensez-vous ?
CP : Techniquement, les deux joueurs qui m’ont impressionné sont Gaël Kakuta et Enzo Le Fée. Dans la progression, même si j’en oublie d’autres, je pense à Kevin Danois, Yoane Wissa ou Lassine Sinayoko. Ils ont travaillé, ils ont toujours été à l’écoute pour progresser. Quand on parlait tout à l’heure d’objectifs, on est fiers avec mon staff d’avoir permis à des joueurs de se développer et d’évoluer pour certains aujourd’hui en Premier League. Un jeune comme Danois va toucher le très très haut niveau, j’espère, car il en a les capacités.
Propos recueillis par Dorian Waymel