Basée sur plus de 1 500 retours d’expérience et près de 300 déplacements décortiqués lors de la saison 2025-2026, une étude de l’Association Nationale des Supporters (ANS) que nous avons pu consulter dresse le bilan dans les stades français. Entre banalisation des mesures d’exception et dispositif de sécurité questionnant, le constat est sévère. Même si certains points positifs sont également soulignés, pointant le bon travail effectué par certains clubs.
Un accueil globalement moyen plombé par la sécurité
La note moyenne de satisfaction de 2,71 sur 4 dénote déjà d’un accueil des supporters visiteurs en France globalement moyen. L’enseignement majeur de cette enquête menée auprès de 1 526 répondants, représentant au moins 57 000 supporters s’étant déplacés lors de la période de l’enquête, réside dans l’identification de plusieurs facteurs de dégradation. Ce n’est pas l’état ou l’ancienneté des stades qui pèse le plus, mais l’intensité du dispositif de sécurité.
Quatre facteurs majeurs font chuter ainsi l’expérience : la double fouille, l’appartenance à un groupe de supporters qui entraine un traitement différent, les arrêtés administratifs et, à un degré moindre, le niveau de compétition. La Ligue 1 s’avére en effet être la division où l’expérience est la plus dégradée.
La double fouille et la dérive des contrôles
La double fouille, réalisée par les stadiers et par les forces de l’ordre, concerne 37 % des répondants. Elle constitue le facteur le plus pénalisant de l’enquête. Et fait chuter le ressenti de la fouille de près d’un point (2,11 contre 3,08 en cas de fouille simple).
Plus grave. Le rapport relève des signalements récurrents de palpations intrusives touchant les parties intimes. Mais aussi des fouilles de supportrices réalisées en l’absence de personnel féminin dans 16 % des cas.
60 % des supporters découvrent en outre directement à l’entrée des interdictions d’objets inattendues. Ces derniers peuvent être des médicaments, des produits d’hygiène féminine, attelles médicales…
Stadiers et forces de l’ordre : une différente de traitement
L’enquête met en lumière un contraste saisissant entre le personnel des clubs et les forces de l’ordre. Les stadiers obtiennent une note correcte de 2,92 sur 4. Dont 50 % de jugements « corrects » et 27 % « très corrects »). À l’inverse, les forces de l’ordre récoltent une note moyenne de 2,62 sur 4. La mention « très mauvais » (21 %) surpassant la proportion de « très correct » (19 %). « Parmi les 1 191 commentaires, la violence physique en est le premier thème, très majoritairement imputé aux CRS et à la SIR », précise le rapport de l’ANS.
L’inflation des arrêtés de déplacement : la mesure d’exception devenue règle
59 % des déplacements documentés (63 % en Ligue 1) ont été soumis à un arrêté préfectoral ou ministériel. Un décompte exhaustif mené en parallèle par l’ANS recense ainsi 327 arrêtés au cours de la saison 2025-2026. Dont 192 rien qu’en Ligue 1. Les supporters du Paris Saint-Germain (24 mesures), de l’Olympique de Marseille (24), du RC Lens (21), de l’Olympique Lyonnais (20) et de l’AS Saint-Étienne (19) sont les plus lourdement ciblés.
Conséquence directe de cette accumulation de contraintes : le premier motif de non-accès aux matchs n’est plus l’interdiction administrative, mais le renoncement des supporters eux-mêmes face à des conditions jugées inacceptables (34 cas recensés contre 12 interdictions pures).
À l’intérieur des parcages, les conditions matérielles laissent également souvent à désirer. Moins d’un secteur sur deux dispose d’un point d’eau gratuit (45 %), de toilettes à chasse d’eau fonctionnelle (46 %) ou de papier toilette (41 %). Le savon est même absent dans 72 % des cas. La visibilité est également entravée par l’installation de plus en plus fréquente de filets.
Enfin, l’étude souligne que les parcages demeurent inadaptés aux publics spécifiques : l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap est largement défaillante (55 % estiment le site peu ou pas accessible ou ignorent son existence), et l’accueil des familles ou des supportrices se heurte à des barrières matérielles et réglementaires aberrantes.
Des motifs de satisfaction malgré tout
L’enquête de l’ANS démontre toutefois qu’une alternative existe. Encore faut-il la vouloir. Des clubs comme Amiens, Grenoble ou Guingamp (3,40/4) prouvent qu’un accueil de qualité est possible, y compris sur des matchs encadrés par des arrêtés.
La qualité de l’accueil ne relève donc pas nécessairement d’une fatalité sécuritaire mais d’une volonté politique et organisationnelle des clubs et des autorités.
Dans sa conclusion, l’enquête préconise une liste de recommandations :
Pour les autorités
- Réexaminer la doctrine d’emploi de la SIR et des unités mobiles autour et au cœur des parcages. C’est le premier point de friction relevé par les supporters.
- Ne plus cumuler systématiquement fouille des stadiers et fouille des forces de l’ordre, en réservant l’intervention policière aux situations de risque caractérisé.
- Proscrire les fouilles à la descente des autocars non prévues au dispositif initial.
- Encadrer par instruction écrite et par des formations les modalités de fouilles, notamment par des SIR et des CRS, et prévoir un canal de signalement identifié en cas de dérive.
- Généraliser le policier-référent supporters visiteurs.
- Garantir une procédure de fouille féminine assurée par du personnel féminin dans l’ensemble des stades.
- Rappeler par voie d’instruction que l’appartenance à un groupe de supporters déclaré ne constitue pas en soi un facteur de risque.
- Réserver strictement les arrêtés et interdictions de déplacement aux situations de risque grave avéré et documenté : leur généralisation (59 % des déplacements, 63 % en Ligue 1) est incompatible avec le caractère exceptionnel que la loi rappelle.
- Motiver et anticiper précisément chaque mesure puis communiquer largement et systématiquement aux supporters concernés le contenu des obligations qui leur sont applicables.
Pour les clubs et organisateurs
- Garantir un point d’eau potable gratuit et des sanitaires approvisionnés en papier, en savon et en poubelles dans chaque parcage.
- Mettre fin aux restrictions d’accès aux toilettes et aux buvettes opposées à un public déjà présent dans le secteur.
- Installer des consignes à l’entrée et publier avant chaque match la liste des objets autorisés. Ne jamais interdire médicaments, produits d’hygiène ni prothèses ou attelles.
- Systématiser la présence du SLO sur les trois temps du match et son identification visuelle.
- Traiter l’accessibilité des personnes à mobilité réduite comme une obligation et non une option.
- Concevoir les filets de protection de manière à préserver la visibilité : maillage fin et transparent, tension correcte et positionnement au-dessus de la ligne de regard. Retirer les filets opaques.
- Adapter l’accueil aux familles et aux jeunes enfants, en ce compris le matériel qui en découle.