Après deux ans et demi passés comme directeur du football à l’OM, Medhi Benatia a vécu une fin d’aventure pour le moins mouvementée. Dans un entretien accordé à L’Équipe, il revient sur son expérience phocéenne, ses choix et ses regrets, sans être tendre avec Pablo Longoria et certains joueurs.
Son sentiment après avoir quitté l’OM
Un peu triste. Je voulais cette qualification en Ligue des champions. Je ne me plains pas, on est privilégiés, mais ça m’a épuisé. C’était une guerre de tous les instants. À raison ou à tort, j’ai choisi d’être moi-même, de ne jamais tourner le dos à un problème, de nettoyer le club.
Le bilan de son aventure phocéenne
On a raté la Ligue des champions, l’objectif principal, mais pour faire un bilan, il faut tout prendre. Directeur du foot, je devais ramener un bon entraîneur et un bon effectif. Est-ce que l’équipe était suffisamment forte ? Tout le monde le dit : tous les jours ! Là où on a failli, et c’est notre responsabilité, à moi et aux coaches, c’est sur la mentalité, faible, catastrophique. Ils ont choisi leurs matches.
Le comportement des joueurs
Aujourd’hui, les joueurs décident. Souvent, le coach ne peut pas se lâcher en conf’, alors il déclare « c’est moi le fautif ». Pas un qui a gagné un duel mais c’est lui le fautif. Je veux bien, une, deux, trois fois, mais à un moment donné… On parle de mecs qui gagnent 2-3 millions par an. Et quand il y a une défaite, il ne faut rien leur dire. Quand les supporters mécontents veulent les rencontrer, il ne faut pas non plus. Le football, c’est pour les amoureux, les passionnés, ça se vit à 2 000 %, pas à moitié, en tout cas pas à l’OM. Aux joueurs qu’on faisait signer, avec Roberto on leur disait : « On sera là. Par contre, il faut donner le coeur et la tête. » Certains n’ont rien donné de ça.
Les problèmes financiers de l’OM
Les soucis financiers, je les ai découverts en janvier, au Koweït. Avant le Trophée des champions (face au PSG, 2-2, 1-4 aux t.a.b.), réunion avec Pablo (Longoria)… (il se reprend), avec l’ancien président, et Frank (McCourt). Là, je comprends qu’il faut vendre. On est alors sur le podium, on ambitionne d’aller plus haut, donc je dis : « OK, mais on va pouvoir se renforcer ? » Petit froid et, pour la première fois, Frank monte dans les tours : « Mais tu ne vois pas la situation ? » Moi : « On a ramené gratuit CJ Egan-Riley, Aubameyang, Angel Gomes ; Medina et Traoré, en prêts avec option ; Merlin, Rongier, Luis Henrique vendus. Boss, pourquoi vous nous parlez comme ça ? Par rapport à ce qu’on s’est dit à Miami (en fin de saison 2024-2025), on est dans les clous. Qu’est-ce qui a changé ? » Lui comprend que je ne suis pas au courant, et moi je comprends qu’avec De Zerbi on n’est au courant de rien. Faut vendre pour 30 M€, donc je cède Robinio Vaz (AS Rome) et Bakola (Sassuolo), qui ne voulaient pas prolonger, je fais des prêts pour alléger la masse salariale. Mais j’en veux à la terre entière. J’étais soumis au board, au conseil d’administration autour de Frank, en dessous le président, le seul interlocuteur jusqu’en janvier avec McCourt. Au Koweït, j’ai compris qu’il y avait des choses qui ne tournaient pas rond.
Le choix d’Habib Beye pour succéder à Roberto De Dzerbi
Aujourd’hui non, mais au moment où on le fait… Pas un entraîneur ne vient à l’OM pour quatre mois. On part sur un contrat de dix-huit, sinon le vestiaire va le voir comme un intérimaire, mais accord entre le club et ses agents – si on finit quatrièmes c’est comme ça, cinquième c’est comme ça -, chacun connaît sa mission et son objectif. Le but est de se qualifier en Ligue des champions et gagner la Coupe de France. Habib, on ne peut pas lui enlever son attachement à l’OM. À ce moment-là, tu ramènes qui, Xabi Alonso ? Quand tu perds Rabiot, tu sais que tu ne trouveras pas plus fort. Quand tu perds De Zerbi, tu sais que tu ne retrouveras pas un entraîneur comme lui.
Son avenir
Je vais regarder les matches, me déplacer, c’est toujours agréable d’aller à Bernabeu, San Siro, Rome, Turin, au Barça. Consultant ? J’ai été contacté. Le foot est ce qui m’anime, donc ce n’est pas impossible. Directeur, agent, ce n’est pas prévu dans l’immédiat. J’ai eu des avances d’Arabie saoudite, d’Angleterre, mais je ne suis pas prêt à repartir sur un autre projet.