Passé par le GF38, le FC Annecy ou encore le Racing Besançon, Leygley Adou s’est envolé il y a quelques années vers le Vietnam pour poursuivre sa carrière… jusqu’à honorer ses premières sélections avec son pays d’accueil. Un parcours atypique et inspirant sur lequel est revenu pour Antichambre le joueur.
Leygley, peux-tu déjà nous retracer ton parcours jusqu’à ton départ pour le Vietnam ?
« Je suis originaire de Grenoble. J’ai commencé au club de mon quartier, l’AJA Villeneuve, en poussin (U11). J’y ai joué durant trois saisons, ce qui m’a permis d’intégrer le GF38 en U13. J’y ai ensuite fait toute ma formation jusqu’à intégrer l’équipe fanion en CFA à l’époque.
Quand j’ai signé au club, il venait tout juste de monter en Ligue 1. Cependant, je ne suis pas passé par la case centre de formation car trois ans plus tard, le club a connu un dépôt de bilan. Durant cette période, j’ai eu quelques opportunités de faire des essais dans d’autres structures professionnelles, mais ça n’a pas abouti.
Par la suite à 18 ans, j’ai intégré le groupe CFA avec le coach Jean-Louis Garcia, qui avait voulu faire monter quelques jeunes du club. J’y suis resté deux ans, avec quelques apparitions principalement sur le banc, mais c’était compliqué de jouer au vu de mon âge et de la qualité des joueurs présents. Malgré tout, je pense que ça a été formateur.
J’ai ensuite eu l’opportunité de rejoindre le FC Annecy pour avoir davantage de temps de jeu. C’est là que j’ai vraiment découvert le niveau N2. J’y ai passé trois ans, avec une montée en National lors de ma dernière saison. Cependant, cette troisième saison a sûrement été la moins aboutie sur le plan individuel. J’ai donc décidé de rejoindre le Racing Besançon, qui a été mon dernier club en France. J’y ai joué pendant quatre saisons.
« Je suis loin d’être le garçon le plus aventurier » confie Leygley Adou
Pourquoi et comment s’est faite ta décision de tenter ta chance à l’étranger et particulièrement au Vietnam ?
« À l’été 2024, je sortais d’une saison difficile sur le plan collectif à Besançon, qui s’était terminée par une descente en N3. À la base, j’étais tout près de signer dans un club de N2 en Rhône-Alpes, mais ça ne s’est finalement pas fait, car le club m’a fait faux bond au dernier moment. C’est à la suite de ce contre-coup que la réflexion de partir à l’étranger est née.
À ce moment-là, deux possibilités complètement différentes s’offraient à moi. D’un côté, j’avais la chance d’avoir plusieurs propositions de contrat, principalement en N3. Mais d’un autre côté, à Besançon, j’avais rencontré un coéquipier (Franklin Anzité) qui avait pas mal joué en Asie, notamment au Vietnam. Parfois, on parlait de ses expériences à l’étranger et il ne cessait pas de me répéter que je pourrais m’éclater en Asie. Au final, c’est grâce à lui que ce projet a pu voir le jour, car je n’avais aucun contact et il a réussi à me mettre en relation avec son agent de l’époque.
Quand la possibilité d’aller au Vietnam s’est présentée, j’ai pris le temps d’y réfléchir, car il y avait énormément d’incertitudes. Je ne connaissais pas le championnat, je ne parlais pas la langue, je suis loin d’être le garçon le plus aventurier et surtout je n’avais qu’une simple proposition pour faire un essai, sans aucune certitude de décrocher un contrat. Ça a été de longues semaines de réflexion. Les clubs en France me pressaient pour donner une réponse, car les championnats allaient reprendre. Mais au final, l’option qui m’animait le plus était de tenter ma chance au Vietnam. Il y avait l’envie de découvrir un nouveau championnat et de sortir de ma zone de confort, mais surtout le fait que ce soit le pays d’origine de ma mère a énormément pesé dans la balance. Je ne pense pas que j’aurais tenté l’aventure dans un autre pays.
C’est difficile à expliquer, mais une fois que j’ai pris la décision de tenter ma chance au Vietnam, peu importe le dénouement final, je partais sans regrets, l’esprit tranquille. C’était pour moi la meilleure chose à faire. J’ai donc pris le pari de refuser les propositions que j’avais en France, quitte à revenir en septembre sans club, pour partir en août faire un essai qui a duré un bon mois. Ça n’a pas été facile, pendant cet essai, je suis passé par tous les états. Le club a longtemps hésité, car l’effectif était déjà bien fourni en défenseurs centraux. Mais j’ai fini par signer, à 27 ans, mon premier contrat professionnel de deux ans au Hong Linh Ha Tinh. »
Des matchs de coupe d’Asie en Chine, Australie ou Thaïlande
Comment cela se passe pour toi là-bas depuis et quel regard portes-tu sur la place du football au Vietnam ?
« J’attaque ma troisième saison, mais j’ai vécu mes deux premières dans des cadres complètement différents. J’ai découvert la V.League au Hong Linh Ha Tinh, un club plutôt modeste situé dans une ville relativement petite, dans une région assez rurale du centre-nord du pays. Pour cette première saison au Vietnam, on a fait une belle saison, au-delà même des objectifs du club, en terminant cinquièmes. Alors que le club avait dû jouer un barrage pour se maintenir la saison précédente. J’ai donc pu faire une première saison pleine avant de rejoindre le CAHN FC (Cong An Hanoi) l’année suivante.
C’est un club de Hanoï, la capitale, qui joue les premiers rôles au Vietnam. J’y ai découvert un tout autre environnement, avec un effectif rempli d’internationaux vietnamiens, un staff principalement brésilien et des ambitions plus élevées. On participe aussi aux compétitions continentales, comme l’AFC Champions League 2, l’équivalent de l’Europa League en Asie. Le calendrier est donc très chargé, avec par moment des matchs qui s’enchainent tous les quatre jours. Mais c’est aussi une superbe expérience de pouvoir affronter les meilleures équipes d’autres championnats et de découvrir de nouveaux stades et pays. L’an dernier on a eu la chance de partir jouer en Chine, en Australie ou encore en Thaïlande par exemple. La saison dernière, tout s’est déroulé pour le mieux puisqu’on a remporté le championnat en égalant le record de points. Ca nous a permis de disputer cette saison l’AFC Champions League Elite, l’équivalent de la Ligue des champions.
Sur le terrain, le football vietnamien a ses particularités. Le climat et l’humidité changent les conditions de jeu et il faut un temps d’adaptation. C’est ce qui saute le plus aux yeux quand on arrive, on transpire énormément, après juste quelques minutes nos maillots se transforment rapidement en éponges. Je pense que je n’oublierai jamais mes premiers entraînements sous 40 degrés, avec cette humidité qui donne l’impression de ne plus pouvoir respirer et reprendre son souffle.

Concernant les joueurs, les gabarits sont généralement différents de ceux que j’ai connus en France. On peut y trouver des joueurs assez toniques, plutôt à l’aise techniquement et dans les espaces réduits. Ils aiment combiner par la passe et le mouvement plutôt que de partir sur des dribbles en solitaire. Les matchs peuvent être assez ouverts, avec beaucoup de transitions et d’engagement. Les équipes sont accrocheuses et n’abandonnent jamais, ce qui rend les rencontres souvent indécises. Après, c’est difficile de comparer directement avec les divisions françaises, puisque je n’ai pas connu le monde professionnel en France.
Enfin, il y a une vraie passion pour le football dans le pays. Quand l’équipe nationale joue, on a presque l’impression que tout le pays s’arrête pour suivre les matchs : femmes, enfants, jeunes, vieux, tout le monde est devant sa télé. En cas de victoire, selon l’importance du match, les rues peuvent rapidement être bondées de motos, de klaxons et de scènes de joie. Pour le championnat, c’est un peu différent, l’affluence varie davantage selon les clubs. Certaines équipes ont une bonne base de supporters. Avec mon club, par exemple, on joue régulièrement devant plus de 10 000 personnes. Mais les stades ne sont pas encore pleins partout. Au vu du nombre d’habitants, il y a un vrai potentiel, même si actuellement le championnat est encore en plein développement. »
« Une façon de penser différente »
Comment se passe la vie sur place pour toi ?
« Dans l’ensemble, ça se passe vraiment bien, ou du moins je m’y sens vraiment à l’aise. L’une des raisons pour lesquelles j’ai tenté cette aventure, c’est aussi que ma mère est née au Vietnam.
Lors de ma toute première fois au Vietnam ce qui m’a marqué sur les premiers jours c’est la quantités de motos et de scooters dans les rues : tout le monde se déplace en deux-roues, avec une circulation agitée et de sacrés bouchons par moments. Côté climat, j’étais aussi arrivé pendant la saison des pluies. C’était vraiment impressionnant de voir qu’en trente minutes, des trombes d’eau pouvaient complètement inonder les rues.
Après évidemment, c’est une autre culture, avec d’autres traditions et une façon de penser différente. Mais je n’ai jamais vraiment eu le sentiment de devoir m’adapter. Même si ce n’est pas exactement pareil, le fait d’avoir grandi au contact de ma famille vietnamienne a facilité les choses. Mais par exemple, j’ai joué avec des joueurs étrangers qui n’étaient pas habitués à manger de la nourriture asiatique et qui pouvaient avoir un peu le mal du pays sur le plan culinaire. Moi, depuis tout petit, je suis habitué à manger vietnamien, donc je me régale.
Concernant la population, sans rentrer dans les clichés, je dirais que les gens ont vraiment le cœur sur la main et aiment les moments de partage et l’entraide. Pour donner un exemple, lors de ma première saison, pendant les repas quotidiens à la cantine du club , les plats étaient servis sur chaque table dans de grands plats et chacun se servait selon ce qu’il voulait manger. Il y avait vraiment cet esprit de convivialité et l’envie de partager ce moment tous ensemble.
Je dirais que le pays est riche culturellement ou même en terme de paysages. Entre le nord et le sud, il y a énormément de diversité et de choses à voir. Malheureusement, avec tous nos matchs, je n’ai pas eu encore suffisamment le temps pour voyager et découvrir vraiment toutes les régions du pays.
La seule chose qui me manque, bien entendu, c’est ma famille et mes amis, qui ne sont pas là, présents pour vivre tout ça avec moi. Il faut aussi que je progresse en vietnamien, car c’est pas encore ça. Par contre après cela, je me sentirai vraiment comme un poisson dans l’eau. »
« Vraiment fier d’être devenu international »
Tu es devenu international. Peux-tu nous en dire plus sur comment cela s’est fait ?
« C’est avant tout grâce à mes origines. Il y a une importante diaspora vietnamienne dans le monde et pour favoriser le développement du championnat, la fédération cherche à intégrer des joueurs d’origine vietnamienne ou binationaux.
Pour en revenir à mon cas, j’ai obtenu la nationalité vietnamienne tout récemment, au mois d’août dernier. En arrivant dans le championnat, j’avais simplement comme ambition de le découvrir et d’essayer de gagner ma place dans mon équipe. Puis, de fil en aiguille, la sélection est devenue un objectif.
J’ai sûrement eu plus de visibilité en rejoignant un grand club du championnat et en remportant le championnat la saison dernière. Ce qui m’a permis de connaître ma première convocation avec l’équipe nationale du Vietnam en septembre dernier.
Je pense que j’ai eu la chance que plusieurs choses se soient alignées comme mon adaptation au championnat, mon arrivée dans un club plus ambitieux et les résultats obtenus. Au final je suis vraiment fier d’être devenu international après seulement deux saisons dans le championnat. »
Un mot sur tes premiers matchs internationaux et sur vos objectifs avec la sélection ?
« Il y a tout juste quelques semaines durant la trêve internationale fin septembre, on a participé à la 1ère édition de l’ASEAN Cup (ça regroupes les nations d’Asie du Sud-est) organisé par la FIFA en Indonésie. La compétition est séparé en 2 division. Nous concernant, on évolue en 1ère division, nous avons terminé quatrièmes. On n’était pas favori mais on espérait aller plus loin dans la compétition.
Comme c’était ma première convocation il a bien entendu fallu découvrir un nouvel univers, un nouveau staff, et réussir à s’acclimater au mieux avec le groupe. Mais dans l’ensemble ça s’est bien passé. J’avais un mélange entre excitation et appréhension car j’avais jamais joué à ce niveau là. Et bien entendu dans ce genre de compétition on a pas vraiment le droit à l’erreur on doit être de suite performant.
« On va essayer de rendre la population fière »
Mais j’ai essayé de savourer un maximum. De jouer avec le plus de personnalité possible pour montrer le meilleur visage possible. J’ai eu la chance de connaitre mes premières sélections durant le tournoi. Cela restera des moments et des émotions inoubliables. Le simple fait chanter l’hymne nationale à l’unisson c’est vraiment un sentiment particulier. Sinon la prochaine échéance grosse échéance pour la sélection sera en Janvier avec la coupe d’Asie. On a dans la poule la Corée du Sud, le Yémen et les Emirats Arabes Unis. Pour le pays c’est bien d’avoir pu se qualifier. On va essayer de donner le maximum et de rendre la population fière, tout simplement. »
Comment vois-tu ton futur ces prochaines saisons ?
« Honnêtement, j’essaie de profiter au maximum. Je ne suis plus tout jeune et une carrière de footballeur, ça passe plutôt vite. Avec mon parcours, si on m’avait demandé il y a quelques années où j’en serais aujourd’hui, je n’aurais jamais imaginé que ma carrière prendrait cette tournure. C’est pourquoi je me sens chanceux d’avoir pu vivre toutes ces expériences grâce au foot.
Actuellement, il me reste encore environ un an et demi de contrat avec mon club à Hanoï. Tout se passe pour le mieux. C’est difficile de se projeter dans le football. Donc je préfère me concentrer sur ce que je peux contrôler : être le plus professionnel possible et bien bosser pour progresser. Comme ça lorsque j’aurai raccroché les crampons je pourrai vraiment être fier de moi. »
Crédit photos : Fédération Vietnamienne de Football